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Lorsque pauvreté et handicap se rejoignent

juillet 2011

Lorsque pauvreté et handicap se rejoignent

Serge Ebersold, Sociologue, professeur des universités, INSHEA

Le handicap est un facteur de pauvreté avéré tant les personnes présentant une déficience et leurs familles sont surexposées au risque de pauvreté dans la plupart des pays. Liée à la déficience lorsqu’elle est sévère, cette surexposition résulte également des difficultés d’accès à la scolarisation qui peut les priver de la qualification et des compétences requises par le marché du travail.

Si les personnes handicapées sont souvent désignées comme étant les plus pauvres parmi les pauvres dans les débats parlementaires, la question de la pauvreté est rarement abordée les concernant.
Les députés ne l’ont abordé qu’à deux reprises lors des débats parlementaires relatifs à la loi du 11 février 2005 et peu de données existent en la matière, l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale) ne l’aborde que très indirectement.
Or, la surexposition des personnes handicapées au risque de pauvreté monétaire n’est pas spécifique aux pays en voie de transition, les problèmes de santé étant une cause majeure de pauvreté et ceci de manière croissante semble-t-il (Lollivier, & Verger, 2005)1.

Selon l’OCDE, les personnes handicapées ont des revenus inférieurs à la moyenne de la population. En Norvège, Suisse, Danemark, Finlande, Pays-Bas et Pologne, ils sont en moyenne inférieurs de 10 à 15% alors que la proportion atteint 30% en Irlande.
Elles sont, d’une manière générale, plus exposées au risque de pauvreté que l’ensemble de la population à l’image de l’Irlande où le taux relatif de risque de pauvreté était de 2,15 en 2005 ou de la Suisse où il était de 1,58 en 2002 (OCDE, 20062 ; OCDE, 20083).
C’est particulièrement vrai pour les jeunes dont les revenus sont par exemple de près de 30% inférieurs à la moyenne de la population de même âge au Danemark contre 13% pour la population âgée de 35 à 49 ans, de 22% aux Pays Bas contre 12% pour la population âgée de 35 à 49 ans, de 20% en Finlande contre 10% (OCDE, 2008). En France, l’ONPES souligne le rôle joué par les problèmes de santé dans l’exposition à la pauvreté et indique par exemple que les mères vivant seules étant âgées recourant au Secours catholique sont souvent inactives du fait d’une incapacité liée à la santé (ONPES, 20114).

Cette surexposition au risque de pauvreté est liée aux conditions d’accès à l’emploi.

Le taux relatif de risque de pauvreté était en 2005 près de 4 fois plus élevé chez les personnes handicapées au chômage que chez celles qui travaillent au Danemark, 3 fois plus élevé en Finlande et en Irlande, et 2 fois plus élevé aux Pays Bas (OCDE, 2006 ; OCDE, 2008).
Or, dans la plupart des pays de l’OCDE, le taux de chômage des personnes handicapées est supérieur à celui de l’ensemble de la population (et ceci de manière croissante dans certains pays) à l’exemple de l’Irlande où il est deux fois plus important, du Danemark où il est de 30% supérieur (OCDE, 2006 ; OCDE, 2008).
En France, en 2007, le taux de chômage des personnes reconnues handicapées est deux fois plus important que celui de l’ensemble de la population active. A Paris, les demandeurs d’emploi handicapés inscrits à Pôle Emploi en 2008 étaient au chômage depuis au moins 2 ans pour 29% d’entre elles contre 22% pour la population totale alors que les personnes accueillies la même année par les CAP emploi parisiens avaient en moyenne au moins deux années d’inactivité pour 41% d’entre elles (Joselin, 20105).

Cette surexposition au risque de pauvreté dépend bien sûr du degré de sévérité de la déficience : les difficultés d’accès à l’emploi sont d’autant plus importantes que la déficience est sévère et les personnes déclarant une déficience sévère ont, en moyenne, des revenus de 7 à 10% inférieurs à ceux déclarant présenter une déficience moyenne (OCDE, 2008).
Elle est toutefois également imputable au manque de qualification puisque le risque d’exposition à la pauvreté est plus prononcé pour celles et ceux ayant un faible niveau de formation à l’image de la Suisse où il est trois plus important lorsque le niveau de formation est inférieur ou égal au 1er cycle de l’enseignement secondaire que lorsqu’il est supérieur.
Concernant la Norvège, il est inférieur de 25% à la moyenne de la population lorsque les personnes ont une formation d’enseignement supérieur (OCDE, 2006 ; OCDE, 2008).
Or, les personnes handicapées sont dans l’ensemble nettement moins qualifiées que l’ensemble de la population et ceci dans l’ensemble des pays de l’OCDE : ce manque de qualification est particulièrement marqué en Irlande où la proportion de personnes handicapées ayant été au lycée est de 14% inférieure à l’ensemble de la population et celle ayant accédé à l’enseignement supérieur est deux fois moindre.
En France, l’enquête handicap santé montre que 53% des personnes handicapées ont un niveau de scolarisation inférieur au second cycle du secondaire contre 28% de la population totale et qu’elles sont trois fois moins nombreuses à accéder à l’enseignement supérieur (9% contre 28%) (Ebersold, 20116)

La revalorisation de l’AAH entre 2008 et 2012 ne saurait faire oublier que les personnes handicapées se trouvent de manière générale plus exposées au risque de pauvreté dans nombre de pays de l’OCDE.
L’activation des politiques publiques peut y contribuer comme le suggère le graphique intitulé « Taux relatif de pauvreté selon le type d’activité exercé ».
Celui-ci fait apparaître qu’en Irlande, au Danemark et au Pays bas, le taux relatif de pauvreté est plus important pour les personnes au chômage que celles étant inactives, à la différence de la Finlande. Néanmoins, l’ampleur de cette surexposition, ses contours et les inégalités d’accès aux droits et de traitement qui peuvent en être la cause ne peuvent être appréhendées que très imparfaitement : les données statistiques en la matière sont peu fiables et cerner les discriminations que connaissent les personnes présentant une déficience par rapport à l’ensemble de la population est trop aléatoire pour appréhender l’effet protecteur des législations en faveur de la non-discrimination.

Les données existantes ne permettent par ailleurs pas de percevoir les multiples formes de déni de reconnaissance susceptibles de priver les personnes présentant une déficience de l’aptitude à se penser à parité de participation (Ebersold, 20057).

1. Lollivier, S., Verger, D., 2005, « Trois apports des données longitudinales à l’analyse de la pauvreté », Économie et Statistique, Insee, n° 383-384-385.
2. OECD (2006), Sickness, Disability and Work : Breaking the Barriers (Vol. 1) : Norway, Poland and Switzerland, OECD, Paris
3. OECD (2008), Sickness, Disability and Work : Breaking the Barriers (Vol. 3) : Denmark, Finland, Ireland and the Netherlands, OECD, Paris.
4. ONPES, (2011), Bilan de 10 ans d’observation de la pauvreté et de l’exclusion sociale à l’heure de la crise, La documentation Française, Paris
5. Joselin, L., (2010). L’insertion socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap à Paris, Observatoire parisien des personnes en situations de handicap. Doc., Ronéoté, Paris.
6. Ebersold, S., (2011). L’inclusion des étudiants handicapés dans l’enseignement tertiaire et dans l’emploi, OCDE, Paris,
7. Ebersold, S., (2005). Le temps des servitudes, la famille à l’épreuve du handicap. PUR, Rennes.

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