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Regards

Regards sur la pauvreté des enfants

décembre 2011

Photographie de la pauvreté infantile dans trois régions françaises

Résultats d’une étude interrégionale sur la pauvreté infantile dont les résultats ont été dévoilés lors d’un colloque le 21 novembre 2011.

Catherine Génin, MIPES

Parce que les régions - Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes - sont les plus peuplées de France et hébergent les trois plus importantes agglomérations françaises, une analyse croisée de la pauvreté infantile est apparue pertinente et riche d’enseignements.

Ainsi, différents partenaires1 dont la MIPES fait partie, se sont réunis autour d’un objectif commun, celui de rendre compte de l’ampleur des situations de pauvreté des enfants alors qu’ils sont en phase de construction et de développement.
Les résultats de ces travaux ont été présentés au cours d’un colloque « Vivre la pauvreté quand on est un enfant »2, organisé le 21 novembre 2011.

► Les résultats de l’étude interrégionale quantitative : Photographie de la pauvreté infantile en régions Ile-de-France, Rhône-Alpes et PACA.

Une pauvreté répartie inégalement selon les territoires

En 2009, plus d’un tiers des enfants pauvres, soit 1 140 000, vivent en Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou Rhône-Alpes, dont la moitié en région parisienne.
Mais de fortes disparités existent entre les trois régions.
En Rhône-Alpes, le taux d’enfants pauvres s’élève à 20 %, contre 21,5 % en Ile-de-France et 29,1 % en Paca.
A l’échelle départementale, les écarts sont encore plus marqués, en particulier au sein de la région Ile-de-France où l’on enregistre à la fois le plus fort et le plus faible taux d’enfants pauvres. En Seine-Saint-Denis, 37 % d’enfants sont en situation de pauvreté en 2009 contre 13 % des enfants résidant dans les Yvelines

Les enfants les plus affectés par la pauvreté vivent dans une famille monoparentale, très nombreuse ou d’origine étrangère

Entre quatre et cinq enfants pauvres sur dix vivent dans une famille monoparentale, contre deux sur dix pour l’ensemble des enfants.
Les enfants pauvres sont 52 % à vivre avec un seul parent en Paca, contre 45 % en Rhône-Alpes et 42 % en Ile-de-France.
Par ailleurs, le risque de pauvreté augmente lorsque la taille de la famille s’accroît. Cela s’observe à partir de 3 enfants, mais plus encore chez les familles de 4 enfants ou plus.
La plus forte présence d’enfants en situation de pauvreté et vivant dans une famille étrangère est observée en Ile-de-France : 37 % des enfants pauvres ont un parent allocataire étranger hors CEE, contre 16 à 17 % dans les deux autres régions.

Le rôle des minimas sociaux et des prestations sociales et familiales pour les familles pauvres

Les revenus des parents des enfants pauvres sont très faibles. Ils s’élèvent, en moyenne, sur les trois régions étudiées, à 671 € par mois et par unité de consommation.
Plus d’un enfant pauvre sur deux vit en effet dans une famille où les prestations sociales et familiales représentent plus de la moitié des revenus familiaux.
Sur l’ensemble des enfants connus des Caf, 1 sur 10 vit dans une famille allocataire du rSa et 4 sur 10 dans les familles pauvres.

Le logement : une condition essentielle à la construction des enfants

L’accession à la propriété reste relativement rare pour les familles d’enfants pauvres : environ 10 % de ces enfants ont des parents qui accèdent à la propriété en Ile-de-France et en Paca, et 13 % en Rhône-Alpes.
Selon une étude de l’Insee3, la part des revenus destinée au financement du logement est de 34 % pour le quart détenant les niveaux de vie les plus faibles.
Les enfants issus de familles monoparentales et de familles très nombreuses, dont la probabilité de se retrouver en situation de pauvreté est plus élevée, habitent plus fréquemment dans des logements privés de confort4.
La part des enfants vivant dans le parc locatif social est de 50 % pour les enfants pauvres, contre 43 % pour l’ensemble des enfants allocataires.

► Une étude qualitative pour enrichir l’observation : que disent les enfants de la pauvreté ?

Si les chiffres sont essentiels pour évaluer les situations de pauvreté et pour la mise en œuvre d’actions, une écoute des publics touchés par la pauvreté demeure nécessaire pour enrichir l’observation.
En partant de ce constat, il est apparu nécessaire, de compléter les études quantitatives par une approche qualitative afin de mieux cerner la pauvreté des enfants dans trois grandes régions françaises : Île-de-France, Provence-Alpes- Côte d’Azur et Rhône-Alpes.

Même si les profils des enfants interrogés au sein de ces trois régions diffèrent, plusieurs constats peuvent être dressés.

Une situation de pauvreté pas nécessairement ressentie par les enfants mais qui semble intégrée.

Globalement les enfants issus de familles pauvres, ressemblent à tous les autres enfants, avant d’être marqués par la pauvreté.
La pauvreté en tant que telle n’apparaît pas nécessairement dans les entretiens, les enfants semblent peu conscients de cet état de fait.
Elle apparaît en filigrane comme acceptée voire intégrée, à travers les multiples renoncements au fil des conversations avec les enfants.

Le logement : un surpeuplement constaté à travers des entretiens dans les trois régions.

Quelle que soit la région et la catégorie de population, le surpeuplement apparaît dans les entretiens avec les conséquences inévitables en termes de conditions d’apprentissage, de préservation de l’intimité. Parfois le froid, l’insalubrité s’ajoutent à l’exiguïté poussant les enfants vers l’extérieur pour trouver un espace de jeu et d’épanouissement.

Un avenir rétréci
Les projections dans l’avenir sont révélatrices : les enfants semblent avoir des difficultés à s’imaginer un avenir différent et meilleur que celui de leurs parents, l’avancée en âge s’accompagne ainsi d’un rétrécissement des perspectives envisagées par les enfants.
Devenus adolescents, ils sont davantage conscients des difficultés qu’ils risquent de rencontrer dans leur projet ou de celles qui les ont déjà contraints à en changer.

Un rapport paradoxal à l’école

Le rapport à l’école est paradoxal : la question de la scolarisation pour des familles au profil particulier, tels que les roms, les étrangers en situation irrégulière, est complexe : l’inscription à l’école n’est pas toujours possible ou bien leurs conditions de scolarisation sont difficiles. Or pour ces enfants, l’école constitue un lieu de sociabilité et de reconnaissance essentiel.

► Retrouver l’ensemble des résultats des études quantitatives et qualitatives dans la rubrique Etudes et publications (fenêtre à droite) ou Publications de la MIPES.

1. Différents partenaires ayant participé à cette réflexion : Dispositif régional d’observation sociale en Paca (Dros), la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion sociale en Ile-de-France (Mipes), et la Mission régionale d’information sur l’exclusion en Rhône-Alpes (Mrie), la branche famille de la sécurité sociale représentée par les caisses d’Allocations familiales d’Ile-de-France, de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), et de Rhône-Alpes et l’Insee Ile-de-France.
2. Colloque organisé par la MIPES, le DROS, la MRIE, en collaboration avec le CNLE et l’ONPES.
3. Les inégalités face au coût du logement se sont creusées entre 1996 et 2006 », France Portrait Social, édition 2010, Insee
4. « Les conditions d’habitat des enfants : poids des structures familiales et de la taille des fratries », Insee Références France Portrait Social, édition 2011. A paraître.

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