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Du passage de la rue à un logement à soi.

16/10/2013

Du passage de la rue à un logement à soi.

Du passage de la rue à un logement à soi.

En janvier 2010 le rapport des Dr V. Girard, P. Estecahandy et P. Chauvin relatif à l’état de santé des personnes sans chez soi, a été remis à la Ministre de la santé Madame Roselyne Bachelot. En 2011, sous l’impulsion de l’Etat, le programme expérimental « Un chez soi d’abord » est lancé dans quatre villes : Lille, Marseille, Toulouse, puis à Paris l’année suivante. Le programme est lié à une recherche médicale menée sur une période de 3 ans par l’INSERM sous la direction du Pr P. Auquiez. Ce programme est piloté par le Directeur de la Délégation Interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au Logement (DIHAL), le Préfet Alain Régnier et les Ministères de la Santé, du Logement et des Affaires Sociales.

« Un chez soi d’abord », un programme expérimental innovant

Ce programme ambitieux s’adresse aux personnes vivant à la rue qui manifestent des troubles psychiques sévères, tels que la schizophrénie ou les troubles bipolaires, avec ou sans addictions. Son objectif est notamment de mesurer : la réduction des inégalités sociales en termes de santé suivant les déterminants en santé publique, le processus de rétablissement de chacun des locataires, la citoyenneté et les coûts en termes de santé.

- La recherche menée s’appuie ainsi sur deux cohortes dans chacune des quatre villes : la première comporte 100 personnes logées dans le dispositif, et la seconde 100 personnes confrontées à l’offre d’hébergement usuelle proposée aux personnes sans « chez soi ».

Le programme « Un chez soi d’abord » s’inscrit dans :
-  la promotion de la santé, soit la capacité d’améliorer et de maintenir sa santé.
-  la protection de la santé, soit la capacité de préserver la santé individuelle et collective.
-  la prévention des maladies, soit la capacité de prendre des mesures préventives et procéder à des détections précoces.
-  des soins de santé, soit la capacité de solliciter des soins.

Ce sont les équipes des maraudes sociales, des Equipes Mobiles Psychiatrie Précarité et du SAMU social, qui en amont, diagnostiquent le public suivant les critères psychiatriques d’éligibilités et qui transmettent les demandes d’admission aux quatre équipes de recherche. Après la présentation du programme à chacune des personnes acceptant de participer à cette recherche une prochaine rencontre est convenue pour recueillir le « consentement éclairé » par un psychiatre investigateur avec lequel se déroulera le tirage au sort qui déterminera si la personne intégrera la cohorte logée ou si elle bénéficiera des dispositifs de droit commun.
Le principe de l’accueil inconditionnel est garanti dès lors que les conditions cliniques et sociales sont réunies pour participer au programme de recherche. Ainsi, toutes les personnes admises dans la cohorte logée, entrent dans des logements mis à disposition par des bailleurs privés ou sociaux. Ils bénéficient de différents suivis dispensés par l’équipe constituée de médecins, travailleurs sociaux, d’infirmières et de médiateurs santé, le nombre de locataires suivis, n’excédant pas dix individus pour un professionnel. L’accompagnement psychosocial dispensé favorise l’accès aux droits et aux soins nécessaires au regard des besoins de ce public mais il concourt également au maintien des personnes dans le logement. Il se caractérise par des rencontres au domicile à raison de deux à trois fois par semaine et des accompagnements en fonction des besoins et pathologies de chacun. En effet, l’objectif est d’amener progressivement ce public à accéder à l’offre de droit commun durablement.
Dans cette perspective, l’accompagnement propose un réel travail sur l’identité sociale des locataires, et repose sur la dynamique « d’aller vers » les usagers plutôt que d’attendre leurs sollicitations. Peu de rencontres individuelles ont lieu dans les locaux de l’association. Une astreinte 7 jours/7 et 24 heures sur 24 offre une continuité des prises en charge et permet de répondre à l’ensemble des besoins des locataires.
Pour autant, les locataires ne sauraient être que des malades perçus à travers leurs symptômes, ils sont considérés comme des citoyens à part entière bien qu’ils soient l’objet du regard croisé d’une équipe pluridisciplinaire. Ainsi à chaque rencontre partenariale relative à la situation d’un locataire, ce dernier participe aux échanges et contribue parfois à son animation.
« Un chez soi d’abord » est une expérimentation qui priorise avant tout les besoins sociaux, administratifs, médicaux, familiaux et culturels des locataires. Le logement devient un outil d’insertion auquel s’adossent les soins, qu’ils soient somatiques ou psychiatriques et un accompagnement social global en regard des besoins des publics admis. Cette logique se distingue donc des pratiques d’accompagnement habituellement de mise pour cette population en priorisant les besoins des publics vis-à-vis des besoins des services ou des institutions.

Des premiers résultats prometteurs

Après un an d’expérimentation, et sur l’ensemble du programme national, 500 personnes ont intégré la recherche, dont la moitié dans la cohorte logée. A ce jour, 90% d’entre elles sont encore dans leur logement, et près de 75% ont des comportements adaptés vis-à-vis du voisinage. Enfin, 70% s’acquittent régulièrement de leur résiduel locatif et beaucoup ont renoué des liens avec leurs familles. Ce programme expérimental « un chez soi d’abord » innove et porte des changements majeurs dans l’approche des personnes ayant des difficultés psychosociales.

Jean Marc ANTOINE Association AURORE

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