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Prison : des pauvres encore plus pauvres

12/07/2013

Prison : des pauvres encore plus pauvres

Alors que les détenus se recrutent encore massivement dans la partie la plus pauvre de la population, la prison aggrave encore leur situation, les mesures de cohésion sociale s’arrêtant aux portes des prisons.

Article proposé par Barbara Liaras, rédactrice en chef de la revue dedans dehors, Observatoire International des Prisons- Section française.

Diverses études exposent la situation socio-économique des détenus et montrent qu’ils sont majoritairement issus de milieux défavorisés connaissant des situations de grande précarité : les trois quarts ont quitté l’école avant 18 ans, un sur sept n’a jamais exercé d’activité professionnelle et un sur deux est ou a été ouvrier, 70 % étaient sans emploi avant l’incarcération et un quart ne disposaient pas de logement stable (SDF ou hébergement précaire). Or, l’expérience carcérale les appauvrit bien souvent davantage, rien ne leur permettant de préserver leur éventuels acquis. Les détenus ne sont pas seulement privés de la législation protectrice du droit du travail, ils le sont également de nombreuses prestations sociales : les allocations chômage s’interrompent au-delà de 15 jours de prison, le RSA après 60 jours. Alors que la vie en détention a un coût, évalué à 150-200 euros par mois minimum (location de TV, de réfrigérateur, de plaques chauffantes, achats de vêtements, de produits d’hygiène et alimentaires, souvent facturés au prix fort).

Des aides existent mais sont limitées
Les détenus ne peuvent bénéficier d’un RSA au montant minoré (comme cela est prévu en cas d’hospitalisation de longue durée), et la principale réponse à la pauvreté carcérale prévoit d’inciter l’administration pénitentiaire à « privilégier l’accès » des détenus les plus démunis « à une rémunération par le travail ou la formation » (circulaire du 17 mai 2013). Pour autant, l’administration n’est en mesure de fournir une activité rémunérée qu’à un détenu sur quatre et les rémunérations du travail ne dépassent guère en moyenne 330 euros par mois, pour ceux qui parviennent à réaliser un équivalent temps plein. Finalement, alors que le système pénitentiaire doit viser l’insertion, le dispositif de lutte contre la pauvreté en prison se limite essentiellement à l’octroi d’aides en nature, réservées à ceux dont les ressources ne dépassent pas 50 euros (depuis deux mois minimum). Selon la circulaire de 2013 un « quart de la population pénale » serait dans cette situation. Le texte précise les contours de ces aides : délivrance de vêtements, de produits d’hygiène et de matériel de correspondance, mise à disposition gratuite de la télévision, prise en charge éventuelle des frais d’inscription à l’enseignement à distance. Et pour les sortants de prison, participation possible à l’acquisition d’un titre de transport et fourniture de cartes téléphoniques et de « un ou plusieurs » chèques multiservices... Une aide en numéraire plafonnée à 20 euros peut également être versée.
De telles mesures ne permettent pas aux détenus de sortir de la précarité, et créent des conditions de sortie de prison porteuses d’exclusion... et de récidive.

Références  : L’Histoire familiale des hommes détenus, Insee n° 706, avril 2000 ; Avis du Conseil économique et social, 2006 ; A. Kensey, Revue du MAUSS, n°40, 2012 ; Circulaire du 17 mai 2013 relative à la lutte contre la pauvreté en détention, NOR : JUSK1340023C

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