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« Se battre », un documentaire de Jean- Pierre Duret et Andréa Santana.

10/03/2014

« Se battre », un documentaire de Jean- Pierre Duret et Andréa Santana.

Synopsis : une rencontre avec les travailleurs pauvres en France : précarité, solidarité, fraternité et générosité.
Production : Muriel Meynard. Société AGAT FILMS & CIE. Partenaires : Centre National de la Cinématographie et de l’image animée, Le Monde, Médiapart, Politis, RCF, Secours populaire français, Ligue des Droits de l’Homme, France Bénévolat.
Information pratiques : http://www.sebattre.com/projections.

Le témoignage de jean pierre Duret sur la réalisation de ce documentaire :

Aujourd’hui en France, ils sont nombreux les laissés pour compte, ils sont 15 millions selon les chiffres officiels du Médiateur de la République, à vivre des fins de mois difficiles. Il y a bien sur ceux que nous voyons le plus, ceux qui vivent au dessous du seuil de pauvreté, dont le seuil officiel est un revenu de moins de 870 euros par mois. Mais il y a aussi tous les autres, les jeunes, et de moins jeunes aussi, qui sont au chômage, des « vieux » avec de petites retraites et qui n’y arrivent plus, des femmes seules avec enfants, et des travailleurs pauvres. Ils travaillent, mais pour s’en sortir, ils font 2 boulots, ou alors leur maigre salaire suffit à peine à nourrir la famille.

Mais « Se battre » n’est pas un film sur la précarité ou la pauvreté. C’est un film fait avec des êtres qui traversent cette précarité dans la banalité du quotidien, du chômage, de la survie ou du travail mal payé. Ils ont leur vitalité, leur détermination à vivre, leur façon de résister pour rester dignes. En effet, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est dénué de parole, de rêves, de sentiments, ou qu’on n’est pas dépositaire de mémoire et d’envie de transmettre à ses enfants l’idée d’un monde meilleur.

_ Nous sommes arrivés à Givors en novembre 2011 pour commencer le tournage, durant trois mois. Pourquoi Givors ? C’est une ville moyenne de 20 000 habitants, adossée à la campagne et traversée par l’autoroute qui de Lyon conduit à Saint-Étienne. Elle fut une grande ville ouvrière, son bassin industriel a créé beaucoup d’emplois et attiré nombre d’immigrés venus de toute part. Et puis tout s’est écroulé très rapidement, il n’y a pas si longtemps.

Elle nous semblait être emblématique d’une histoire telle que la connaissent une grande majorité de français, et d’un lieu où malgré les apparences, toute la vie s’y poursuit.

Nous sommes en train d’accepter petit à petit en France l’idée d’une société à deux vitesses, entre ceux qui ont plus au moins, et ceux qui n’ont plus. Mais être pauvre aujourd’hui chez nous, c’est aussi ne plus être entendu, ne plus être vu ou regardé, c’est se cacher, se taire, et en partie intégrer un sentiment de culpabilité par tous les mots par lesquels on les stigmatise et on les sépare de nous : assistés, déclassés, et tant d’autres mots qui blessent et font mal, un vrai racisme social.

Filmer, dans notre éthique de cinéastes, c’est prendre soin de l’autre. Chacun de nous construit sa vie dans une confrontation avec le regard des autres. Si ce regard n’existe plus, la vie s’arrête.

C’est pourquoi nous voulions aussi rendre hommage au travail des bénévoles des associations d’entraide, une véritable armée de l’ombre, qui aux côtés des plus démunis essayent de ne pas les laisser seuls. L’évidence avec laquelle certains êtres aident les autres, leur don de soi, est quelque chose d’admirable. Il y a des saints encore sur cette terre.

La parole des gens est belle. Ce ne sont pas les mots hachés que l’on entend à la télévision. Il y a du temps, ils naissent de quelque part. Cela me semble très important. Il ne s’agit pas de « donner la parole », les personnes ont cette parole en elles. Il faut simplement leur accorder la place qu’elle doit prendre parmi nous. Car il s’agit au fond pour nous, tous ensemble, de construire une société plus juste, un futur dont nos enfants pourraient être fiers. Ce film est libre d’accès, chacun peut venir réfléchir et prendre ce qu’il a à prendre. Il n’y a pas de voie tracée. Il nous demande de savoir qui on est et qui on veut être, avec les autres. Je crois que c’est ça, ce film.

J’écris aujourd’hui dans le train entre Pau et Bayonne, ce soir ce sera la 30ème fois que je présente ce film à un public, avec un débat ensuite. Quand vous lirez ces lignes, le film sera sorti partout en France depuis le 5 Mars. Vous pouvez aller voir comment il vit et comment il est accueilli en consultant le site du film.

Jean Pierre Duret

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