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Vieillesse, migration, précarité et isolement : un accès aux soins limité

L’accès aux soins des immigrés âgés

14/11/2011

Vieillesse, migration, précarité et isolement : un accès aux soins limité

Sylvie Emsellem, chargée de mission UNAFO

Un état de santé symptomatique de l’itinéraire des immigrés âgés.1
Le travail : un facteur explicatif central de leur état de santé physique et mental
(Cf contexte)

A ces maux physiques (développés dans la rubrique contexte), se cumulent :

Des souffrances mentales liées à un relatif isolement familial

Les hommes résidant en foyer sont « célibatairisés », ils sont venus travailler seuls et ont une famille qui restera au pays d’origine. A l’âge de la retraite, ils rencontrent beaucoup de difficultés à retourner vivre auprès de leur famille. Ils sont toujours partagés entre le désir de retourner chez eux et la hantise de ne plus pouvoir se sentir à l’aise auprès des leurs.
Les expériences passées des retours temporaires au pays leur ont fait sentir la distance qui s’est installée entre eux et ceux qu’ils ont laissés derrière eux. L’éloignement familial est une véritable blessure qui entraîne pour eux une perte de sens concernant leur parcours migratoire, notamment quand ils vieillissent.
Ayant émigré dans un seul but : s’enrichir et retourner auprès des siens, lorsqu’ils ne l’accomplissent pas, le sens de leur parcours est remis en cause.

Cependant, pour justifier l’injustifiable : ne pas avoir vécu auprès des siens, tout au long de leurs discours, se profilent deux types d’arguments : un premier qui concerne les enfants d’immigrés qui « tournent mal » en France et le second lié à l’émancipation des femmes au contact de la société d’accueil.
Certains immigrés âgés, affaiblis par leur âge avancé et seuls, décident tardivement de faire venir leur épouse, dans le cadre de la procédure du regroupement familial. Dans leur grande majorité, ils ont du mal à l’obtenir du fait des conditions de ressources et de logement exigées.

Un isolement quotidien

Le foyer constitue une « bulle » sociale pour ces immigrés. Ils ont uniquement leurs amis au sein du foyer, qui sont souvent originaires de la même région. Certains expriment la difficulté d’inviter des personnes extérieures au foyer, ne pouvant pas recevoir d’amis dans leur chambre.
Ils vivent de manière communautaire, dans un double sens : le premier lié au fait qu’ils ont des relations uniquement avec des ressortissants de leurs pays d’origine, et le second concernant leur mode de vie collective, caractérisé par une solidarité entre eux, où la prise des repas se fait en commun.
Néanmoins, il semblerait que cette solidarité connaisse des limites et que certaines catégories de personnes soient exclues du groupe : les personnes qui ne sont pas originaires de la même région, les « caractérielles » et les personnes trop dépendantes.

Une enquête menée dans la région du Languedoc Roussillon révèle qu’un tiers des immigrés vieillissants présente une symptomatologie dépressive à l’échelle CES-D (Center for Epidemiological Studies-Depression scale). Les résultats partiels d’une enquête Inserm permettent de comparer ce chiffre à la prévalence de la dépression en population générale isolée de même âge qui touche 17% des 65 ans et plus2.

Un état de santé aggravé par leurs conditions de vie

Leur revenu mensuel se situe autour de 708 euros par mois.
Pour ces personnes qui vivent en foyer, il faut souvent ôter à ce revenu moyen, le pécule qu’ils envoient chaque mois à leur famille. Ils disposent donc d’une somme d’environ 300 euros par mois, témoignant de la précarité financière dans laquelle ils vivent.
Cette précarité génère des états de stress et de mal être qui se traduisent par de véritables symptômes et maux physiques comme des problèmes intestinaux, des ulcères ou de l’hypertension.
Les personnes qui vivent dans une chambre meublée en hôtel, n’ont pas toujours la possibilité de cuisiner, n’ayant pas de plaques chauffantes ni de réfrigérateur. Il n’y a pas systématiquement de douches et les toilettes peuvent se trouver à l’extérieur de la chambre Il est donc difficile d’avoir une nutrition et une hygiène correctes.
En lien avec cette mauvaise nutrition, beaucoup d’entre eux souffrent de diabète. Le budget consacré à l’alimentation est souvent le plus restreint possible ; la qualité et la diversité des aliments consommés peuvent être insuffisantes.

La durée moyenne de résidence au sein du foyer pour les immigrés âgés est souvent très longue (entre une vingtaine et une trentaine d’années). Aucun d’entre eux ne souhaite déménager, car l’avantage fondamental exprimé par les pensionnaires du foyer est le faible coût des loyers qui rend possible l’envoi d’argent à la famille restée au pays.
Les inconvénients exprimés sont liés à l’exiguïté des chambres et au partage des parties communes, telles que la salle d’eau et la cuisine, par cinq pensionnaires composant une unité de vie. Une augmentation des loyers est constatée avec la réhabilitation.
Aujourd’hui la moitié du parc est réhabilitée et offre de vrais logements adaptés, l’autre moitié est constitué de foyers dégradés et inadaptés pour ce public.
Le parc d’Adoma compte actuellement environ 20 000 chambres de moins de 7,5 m2.

Un accès aux soins limité pour des usagers pauvres3

La majorité des immigrés âgés sont attachés à leur médecin traitant, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils s’y rendent de manière régulière.
Le suivi médical est encore difficile pour les immigrés qui font de nombreux allers et retours entre leur pays d’origine et la France. Ces navettes peuvent entraîner une perte de droits concernant leur accès aux soins avec la carte de retraité, bien qu’ils aient cotisé en France.
Certaines professions médicales libérales (médecin, infirmier) refusent de se déplacer pour soigner des populations précarisées percevant la CMU et ne bénéficiant pas de la CMUC, résidant sur des territoires qualifiés d’insalubres.
Il y aurait des médecins « ciblés personnes âgées immigrées ».

60% d’entre eux ne vont jamais chez le dentiste. La principale raison évoquée est la cherté des soins. Beaucoup d’entre eux se font arracher les dents, ne les soignent pas. Ils sont 60% à être allés au moins une fois chez un ophtalmologue, cependant ils ne suivent pas systématiquement les prescriptions. Ils semblent aussi qu’ils soient très peu dotés en appareil auditif.

60% des personnes rencontrées ne sont pas mutualistes. Le coût d’affiliation à une mutuelle est trop élevé pour eux, au vu de leurs faibles ressources financières. Certains ne perçoivent pas la CMUC.
En effet, pour pouvoir bénéficier de la CMUC, le plafond du montant des ressources mensuelles doit être égal à 606 euros, certains immigrés dépassent ce plafond, lorsqu’ils bénéficient du minimum vieillesse, égal à 708 euros.
Ils accèdent donc très difficilement aux soins dentaires et ophtalmologiques, autrement dit à la médecine spécialisée, très faiblement remboursée par la sécurité sociale.
Sortis de l’hôpital, n’ayant pas d’aidants familiaux, les immigrés retournent au foyer, sans qu’aucune prise en charge médicale n’ait été mise en place.
Si l’état de santé de cette personne nécessite la mise en place d’une aide à domicile, elle n’en bénéficiera pas à sa sortie d’hôpital.
La mise en place d’un véritable suivi médical entre le médecin généraliste et l’hôpital permettrait d’alerter les services compétents (aide à domicile), afin d’orienter ces personnes.
Il serait important de pouvoir favoriser un travail partenarial entre des structures existantes, avec l’identification d’un référent par structure qui favoriserait l’articulation des actions autour d’un patient.
De manière unanime, les personnes interrogées apprécient le système de santé français pour deux raisons principales : la première est liée à la qualité des soins qui sont dispensés, notamment par rapport au système de soins du pays d’origine.
La seconde raison a trait aux remboursements des soins, par la Sécurité Sociale.

1. L’ensemble de cet article synthétise différentes enquêtes menée auprès notamment d’hommes algériens vivant en foyer ou en hôtels meublés.
2. M. SIEIRA ANTELO, V. DESMARTIN BELARBI, S. RIDEZ, B. LEDESERT, Conditions de vie et état de santé des immigrés isolés de 50 ans et plus en Languedoc-Roussillon, CESAM Migrations Santé et ORS Languedoc-Roussillon, octobre 2003.
3. Le seuil de pauvreté correspond à la moitié du niveau de vie médian soit des revenus mensuels compris entre 795 et 954 euros, en 2009.

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